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Née à Saumur en 1968. Eve Servent vit et travaille à Lille
.

Après des études d’Arts Appliqués à l’ESAAT de Roubaix et Sévigné à Tourcoing, Eve Servent est diplômée en design de mode en 1990. Elle amorce ses recherches plastiques autour du vêtement et détourne les matériaux et les codes. Présentées et saluées en France et en Italie, ses créations interrogent sur le rapport au corps et ses représentations, avec en fil rouge, la question de l’emprise et de la liberté. Durant plusieurs années, elle crée des costumes pour des compagnies de danse et de théâtre dont le Ballatum Théâtre (sous la direction de Eric Lacascade et Guy Alloucherie.)
Au fil du temps, sa pratique évolue du ready-made à la sculpture. Elle explore également la technique du monotype et plus récemment la peinture.

Son travail artistique porte sur les rapports d’influences. Il nous place de l’autre côté du miroir mais lequel exactement ?

Depuis sa première exposition collective «Time, Space and Other» à la galerie De Queeste, Eve Servent présente à plusieurs occasions son travail en France et en Belgique. En 2009, elle est sélectionnée pour la 54ème édition du Salon de Montrouge. Cette année, sont prévues deux expositions personnelles : du 7 avril au 28 mai, à l’Espace Edouard Pignon à Lille et du 7 mai au 11 juin à la galerie De Queeste à Abele en Belgique.


EXPOSITIONS PERSONNELLES


2017
SCHILDERIJEN & GRAFIEK >> De Queeste Art >> Abele/Watou. Belgique
LATENCE >> Espace Edouard Pignon >> Lille. France

2010
SOUVENIRS D’ENFANCE >> Le Poulailler >> Wannehain. France



EXPOSITIONS COLLECTIVES


2016
NIHON-NO >> Galerie Santo Amor >> Paris. France
BEYOND THE STORIES >> De Queeste Art >> Abele/Watou. Belgique
L’ANGE A LA MACHETTE >> Galerie Santo Amor >> Agariyashiki Gallery >> Tokyo. Japon

2015
SALON 1030  >> De Queeste Art >> Bruxelles. Belgique
EMOTION[ELLES] >> Université Catholique >> Lille. France
(VER)VREEMD >> De Queeste Art >> Abele/Watou. Belgique

2014
EN REPONSE A LA GUERRE… >> Le SMAC ASSO >> France et pays frontaliers (de 2014 à 2018)
CURIOSA >> La Belle Epoque [Arts Contemporains] >> Villeneuve d’Ascq. France
ORGANISME ONIRIQUE >> Salon du dessin et du multiple >> CCA Le Millénaire. la Madeleine. France

2013
VANITE ET CAETERA >>Université Catholique>>Lille. France
LA VANITE DANS TOUS SES ETATS >>La PGM>>Roubaix. France

2009
54° SALON DE MONTROUGE >>La Fabrique >> Montrouge. France

2008
TIME, SPACE AND OTHER >> De Queeste Art >> Abele/Watou. Belgique

 



Les souvenirs construisent et teintent mes oeuvres. Certains s’entrelacent, sommeillent ou s’effacent ; d’autres sont ressassés, idéalisés ou chassés. Lorsqu’ils se mêlent aux rêves et aux phantasmes, lorsqu’ils convoquent les mythes et les contes, ils me projettent des images, reflets de nos contradictions et de nos ambigüités. Dans ce miroir se dessinent nos allées et venues entre désir de liberté et besoin de normalité, pouvoir et soumission, émancipation et conditionnement.

Objets, images et photographies reflètent et recèlent des souvenirs. J’exhume ces reliques intimes ou collectives, familières ou étrangères. Qu’elles proviennent d’archives personnelles ou d’anonymes, elles me remémorent des histoires et/ou je leur en invente. Je cherche, j’accumule, je trie, je retrouve, je découvre. Je me penche sur ces souvenirs avec bienveillance. Mon regard est critique, parfois grinçant mais toujours empathique. L’intention est de questionner, sublimer, dans tous les cas, rendre hommage.

Eve Servent 2016



 

TEXTES CRITIQUES


Elisabeth Richard // Novembre 2015 // Galerie Santo Amor // Exposition L’ange à la machette // Tokyo 2016


La technique du monotype demande à l’artiste d’accepter de laisser intervenir des imprévus graphiques dans l’image qu’il compose. Eve Servent dessine d’un trait précis et fin des portraits que le travail de l’encre typographique – une encre épaisse qui s’accroche au papier – vient complexifier. Les « accidents » de l’encre rehaussent l’expressivité de ces figures le plus souvent féminines.

Traces, empâtements, coulures et empreintes aléatoires travaillent le corps et le visage à chaque fois de façon différente, l’étirant sur l’espace de la feuille pour le faire hurler, ou le criblant de marques et d’égratignures diverses. Les regards sont également l’objet de déformations liées à l’encre et ses irrégularités, qui tantôt l’agrandissent, tantôt le brouillent ou le voilent. Quand les yeux ne sont pas déjà bandés.

A chaque fois, filles, femmes, jeunes ou moins jeunes, ligotées, ou libres de nous regarder de front, gagnent à ce jeu de hasard une force mystérieuse, une insolence sourde, une grâce qui vient exciter la beauté et la violence rentrée des scénarios imaginés par l’artiste.

Chacune des situations proposées met en relation pouvoir et séduction, dans des configurations à deux acteurs : les silhouettes fragiles d’Eve Servent sont présentées comme otages des fantasmes d’une instance invisible. Dans une atmosphère silencieuse, une à une elles se livrent à l’emprise d’un tiers qui n’apparait pas, qui reste dans les marges de l’image, et qui cependant assoie son pouvoir sur l’autre. Les capacités de domination et de soumission s’exercent et sont présentées par variations, allant de l’implicite à l’explicite : du simple regard sexué posé sur le corps à peine nubile de l’enfant – proie facile d’une relation d’influence mutuelle sous-tendue par des postures sociales hiérarchisées, à la manipulation érotique du corps devenu adulte et maître de son consentement à devenir objet de désir.

Le Shibari – présent sur deux des œuvres ici exposées – implique confiance et abandon de soi, et induit ainsi un état de pleine soumission, qui place la personne captive des cordages sous la responsabilité de l’autre. L’introduction dans le travail d’Eve Servent du motif du corps qui s’offre nu, docile et lié apparaît comme le point où « se retourne la vapeur » : un retour volontaire de l’individu vers la passivité complexe – et pas toujours si passive – de l’enfant dans sa confrontation à l’adulte. Un état qui mêle volonté et aptitude à séduire, don, attente, malléabilité, sujétion, et dépendance, et qui – placé sous le signe de l’échange – invite à une circulation de ces éléments de l’un et l’autre des protagonistes du couple dominant/dominé, ouvrant sur la possibilité d’inverser leur statut.


Éric Monbel // 2015


 » En dehors de l’enfance et de l’oubli, il n’y a que la grâce qui puisse vous consoler d’exister » Eugène Ionesco

Qu’il se nourrisse de contes, de religion ou de souvenirs plus ou moins personnels, qu’il soit dessin, peinture, sculpture ou installation, le travail d’Eve Servent s’ancre bel et bien dans cette période qui forge le devenir en contraignant bien souvent le présent. Chacun se construit dans un système hiérarchique, voire même parfois directif, de la famille à la vie professionnelle en passant par l’ école.

La pratique artistique, quelle qu’elle soit, permet, devenu adulte et quelque peu libéré de ces fardeaux de retrouver un terrain vierge où tout est possible, comme une liberté reconquise. Cette activité que l’on quitte souvent à l’adolescence n’en revient que plus forte lorsqu’elle est conscientisée une fois adulte.

Après les détournements d’objets et de sculptures « populaires » chinées en brocante, Eve Servent a décidé de peindre et de dessiner, sans rien au départ, qu’une feuille ou une toile vierge.

Une petite fille en équilibre sur un fil, une autre faisant le poirier, voilà ce que nous montrent certains monotypes. Des situations instables, fragiles et dont l’issue est incertaine. Ces acrobaties enfantines illustrent bien ce moment de l’existence où l’on joue de tout, baigné d’insouciance et de liberté, détaché des normes et des conventions adultes. La technique du monotype elle même sert le sujet par l’aspect quelque peu aléatoire et irrégulier qu’elle produit. Ce flottement élégant est aussi perceptible dans les peintures récentes, mais dans un autre registre, peut-être plus psychologique. Il se sent dans l’attitude « coincée » d’un (ou d’une) jeune communiant(e) semblant désirer quitter sur le champ le costume amidonné porté pour l’occasion, et dans le sourire quelque peu crispé d’une jeune fille portant une couronne certainement trop lourde à supporter, symbole d’un sacre parental, héritage d’une conduite à tenir sans dévier. Une utilisation de couleurs comme passées, ayant perdu leur éclat, procure un sentiment de nostalgie renvoyant chacun à sa propre enfance et aux souvenirs qui en demeurent. La matière picturale se montre lisse donnant aux toiles et aux sculptures peintes une homogénéité précieuse en harmonie avec la touche délicate du pinceau.

« Les ânes », installation rassemblant vingt quatre bonnets d’ânes conçus avec de la toile à peindre et alignés sur une estrade constitue une critique acerbe du jugement de valeur basé sur des principes ancestraux passant outre les spécificités de chacun. Chaque chose ici contient sa propre absence, en devenir, ou effective.


Gilles Lévèques // Mars 2014 // à propos de l’exposition KIDS (monotypes)


Avec sa série de monotypes inaugurée en 2012, Eve Servent poursuit son investigation du territoire obscur des pulsions infantiles qui structurent souterrainement nos comportements adultes.

C’est bien à notre perversité d’adultes qu’elle s’adresse, en nous montrant par exemple une petite fille perdue dans les bois, endormie, la robe relevée dévoilant ses fesses (Dans les bois, 2012). Pourquoi ne peut-on s’empêcher de craindre pour elle l’agression sexuelle , si ce n’est parce que nous la lui faisons déjà subir par nos regards voyeurs et pervers ? Est-ce innocemment qu’elle s’exhibe ainsi, ou en vertu du vice que notre culture nous condamne à considérer comme intrinsèque au simple fait d’être née femme ?

Dans le regard de reproche que nous adresse la jeune fille dans Girl I (2012), se lit le refus de ce à quoi elle se soumet pourtant, et nous met inévitablement dans la situation de celle ou de celui qui l’accable d’une oppression. Oppression qui n’aurait pas de sens, en tout cas pas ce sens-là, sans la prise en compte du seul fait qu’il s’agisse d’une femme.

Mais qu’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas d’un portrait caricatural d’une féminité simplement définie par l’oppression du pouvoir masculin. La série shibari nous montre en effet le rôle pour le moins ambigu des femmes dans la situation qu’elles subissent mais qu’elles semblent tout autant désirer. De toute évidence ces jeunes femmes entravées jouissent de leur soumission, et plus encore de se voir ainsi soulagées de la maîtrise d’elles-mêmes à laquelle l’âge adulte devait leur permettre d’accéder.

Nous voilà ce faisant incités à penser que les relations adultes sont transies d’infantilisme et partant de perversité. D’abord parce qu’elles conservent les « innocentes » cruautés que nous nous autorisions enfants, ensuite parce que cet infantilisme, dénié à l’âge adulte, génére ainsi ce refoulement sans lequel il ne saurait y avoir de perversité.

Autant dire que le travail d’Eve Servent nous invite à la méditation sur les rapports humains et sur la différence sexuelle qui les structure, en attirant notamment notre attention sur « ce que nous voyons, ce qui nous regarde ». Assurément, les yeux que nous portons sur ces monotypes ne sont pas innocents, nous l’apprenons à nos dépends.


Frank Lamy // Salon de Montrouge // 2009


Une sucette dans la bouche de Sainte Thérèse de Lisieux.
Un crucifix transformé en lance pierre.
Jacqueline décapitée. Amour dévorant Psyché… Les oeuvres d’Eve Servent fonctionnent comme des sortes de calembours visuels. Reprenant et modifiant méticuleusement des objets fortement connotés, elle leur insuffle une nouvelle vie.
La mécanique d’intervention est simple, efficace et directe.
Ainsi aussi va le sens nouveau acquis par ces bibelots, saint sulpiciens et/ou kitsch, en plâtre peint. Détourné dans un mouvement de retournement subtil, ces vestiges quasi archéologiques, extrais du flux de la production en série, sauvés du passé, deviennent uniques et singuliers.

Ces modifications, du coup, font affleurer une violence sourde, celle des cauchemars, celle de l’inconscient. Des pulsions primitives, essentielles. Elle nous entraîne dans des territoires sombres et lumineux à la fois. Là où se joue une espèce de libido cruelle. De cette cruauté de l’enfance, naïve et perverse, fondamentale. Où ça saigne, ça coupe, ça mord. Jouant sur ces motifs, connus de tous, communs à tous, ce qu’elle met à jour se situe, me semble-t-il, du côté d’une exploration de la psyché collective occidentale, de ses non dits, de ses forces telluriques essentielles et tues qui traversent le corps social capitaliste en son ensemble. Avec un rien de nostalgie surréaliste, peut être. Beaucoup d’humour et d’irrévérence, très certainement.


Giovanni Luna //2008


Comme les témoins oubliés d’un univers passé́, d’un monde où la sensation, la douleur, le silence deviennent presque tangibles, les œuvres d’Eve Servent convoquent de façon sensible un «corpus» préexistant. En effet, qu’elle emprunte à̀ une iconographie connue de tous et donc universelle ou bien qu’elle réinvente une douceur à̀ nulle autre pareille, en insufflant de la vie là même où le signe s’est appauvri et émoussé́, ces œuvres nous renvoient de manière implacable à̀ une cosmogonie à̀ la fois familière et inquiéante. Or, cette inquiétante beauté́ n’est pas le fruit du hasard mais semble être le produit de choix en tous points pensés et mûris. Alliant la force extrème à l’extrème douceur, ces pièces, devenues orphelines, sont exécutées comme de réels « produits de culture » dont le sens se serait fourvoyé́. Tous les signes ayant disparu pour laisser place à̀ un vernis, à̀ une apparente délicatesse du monde, comme fixés dans une étrange éternité. Cette conjonction dérangeante du « beau » et du « circonscrit culturellement » peut s’avérer perturbante et apparaitre comme une manière de provocation. Cependant, il n’en est rien! En fait, l’artiste redonne du lustre à̀ des vestiges de plâtre et de terre cuite avec dignité́ comme si elle donnait naissance à̀ des êtres de chair et d’os. Il y a en substance chez elle, une réelle matière féminine du geste (au sens noble du terme, sans mièvrerie ni faux-semblants), une manière féminine de procéder. En effet, tout son travail est conçu avec une méiculosité quasi obsessive du trait et dans un désir manifeste de raffiner la facture. De façon presque affectueuse, elle respecte son œuvre et le spectateur avec elle, mais ceci avec distance et désenchantement. Ainsi, non contente de maitriser les codes et les formes d’une esthétique résolument «baroque » et de nous emmener dans un univers à̀ mi-chemin entre la construction onirique et la fable, l’artiste fait preuve d’une autre qualité́ indéniable, et non des moindres. Cette qualité́ se matérialise par un réel sens de l’humour-parfois désabusé mais qui sonne toujours « juste » mais un sens de l’humour adulte et réfléchi, qui n’a que faire de la dérision à̀ bon compte. Loin d’être anecdotique, cette dimension devient indissociable de l’œuvre elle-même et apporte un éclairage singulier à̀ la production d’Eve Servent, pourvu que le spectateur parvienne à̀ lire entre les signes et à̀ ne pas se laisser éblouir ni enfermer dans le carcan des apparences.